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A Monsieur Pédro Lacaze
Mon bon département,
Que le bon Dieu t’éclaire ;
Mais tu tournes, vraiment,
Le dos à la lumière.
AIR : Tout le long, le long de la rivière.
Eh quoi ! notre ancien député,
Vous voilà donc ressuscité ?
On nous avait dit à la ronde,
Que vous n’étiez plus de ce monde ;
Que, politiquement, enfin,
Vrai, vous aviez fait une fin.
De revenir, Dieu vous a fait la grâce ;
Ah ! cher revenant, souffrez qu’on vous embrasse, Permettez, mon cher, qu’on vous embrasse.
Prêt à rentrer dans son palais,
Philippe est-il donc à Calais ?
Où donc est monsieur Liadière ?
Car on va pendre Caussidière,
Avec Proudhon et Louis Blanc,
Et Ledru-Rollin n’est pas blanc :
Il faudra bien que Cavaignac y passe !
Ah ! cher revenant, souffrez qu’on vous embrasse,
Permettez, mon cher, qu’on vous embrasse.
A mon tour, moi, je vous apprends,
Qu’un de vos anciens concurrents,
Un vaincu de dix-huit cent trente,
Pair et compagnon se présente !
Républicains du lendemain,
Vous pouvez vous donner la main.
S’il vient pourtant pour vous prendre la place ?
Ah ! cher revenant, souffrez qu’on vous embrasse,
Permettez, mon cher, qu’on vous embrasse.
Vous, comme lui, mon noble pair,
Vous nous revenez un peu cher :
Républicains !... c’est à merveille !
Vous Philippiste de la veille !
Lui carliste d’avant juillet !
Pour février, Dieu quel soufflet !
Des jours de juin, encor fume la trace !...
Ah ! cher revenant, souffrez qu’on vous embrasse,
Permettez, mon cher, qu’on vous embrasse.
Votre intérim m’avait tenté,
Je vous le dis en vérité ;
Mais du scrutin étaient les maîtres,
De faux républicains, des traitres ;
Les tours sont à l’ordre du jour,
Et le scrutin a plus d’un tour
De gobelet, vrai tours de passe-passe.
Ah ! cher revenant, souffrez qu’on vous embrasse,
Permettez, mon cher, qu’on vous embrasse.
Pourtant au char municipal,
(Oh Dieu ! quel métier de cheval !)
La voix du peuple enfin m’appelle :
Et puis à rebours il attèle
Tous ses anciens municipaux,
Force de cinquante chevaux !
A reculer veut-il que je me lasse ?
Ah ! cher revenant, souffrez qu’on vous embrasse,
Permettez, mon cher, qu’on vous embrasse.
Pour tourner l’arrondissement,
Passez par le département :
Là vous retrouverez Dariste,
Puis Dombidau l’henriquinquiste ;
Nogué qui, méchamment enfin,
Dit que, sans eau, je bois son vin :
A sa santé ! mais que grand bien lui fasse !
Ah ! cher revenant, souffrez qu’on vous embrasse,
Permettez, mon cher, qu’on vous embrasse.
In vino veritas : Béarn !
Sot pays, toujours en retard ;
Sot pour ne vouloir rien comprendre !
Sourd pour ne vouloir rien entendre !
Aveugle aussi pour ne vouloir
Ni rien regarder, ni rien voir ;
Muet enfin, ou penseur à voix basse !
Ah ! cher revenant, souffrez qu’on vous embrasse,
Permettez, mon cher, qu’on vous embrasse.